Titre : Ma vie de rêve
Il me fixe longuement, tendrement. Il est appuyé au mur de la porte, muet, seulement par son regard, je comprends tout ce qu'il veut. Il avance tout doucement, toujours les yeux rivés sur moi, sur ma poitrine. Je sens des frissons qui me parcourent tout le corps, je tremble sans le vouloir. Il est habillé avec des vieux jeans troués et un vieux chandail. Je sens déjà son parfum, vous savez le genre de parfum qui vous emporte dans un endroit indéfini. Je ferme mes yeux, j'attends indéfiniment qu'il se rapproche. Cela me semble une éternité avant qu'enfin, il ne soit qu'à quelques pas de moi. Je peux déjà le toucher, le sentir auprès de moi. Il est tout chaud comme le bas de mon ventre. Ses lèvres touchent les miennes, elles goûtent si bon, son doux baiser qui me chavire, je m'accroche à ses lèvres, j'ai peur de tomber si je les lâche. J'ai peur qu'il s'en aille. Pourtant, je sais bien qu'il ne le fera pas. Il sait que j'ai besoin de lui. Ce baiser si langoureux, si fougueux, si intense me rappelle mon premier baiser avec lui. Le premier que j'oublierai jamais, le premier d'une longue lignée qui durera toujours.
C'était, il y a déjà un an, quand on étudiait encore dans nos cases. On se voyait depuis l'enfance mais on ne s'était jamais parlé puisque c'était interdit par la société. Mais, il était venu me voir quand même. Peu lui importait, les normes, les lois de cette prison où on vivait. Tout ce qui comptait pour lui, c'était moi. Il ne pensait qu'au jour où il poserait sa bouche sur la mienne légèrement, que le son intime de nos lèvres collées et rien d'autre, le silence total qui nous enveloppait comme si on était seul au monde. Mon coeur battait si fort que je pensais qu'il allait sortir de mon corps, son bras qui me frôle, me faisait fondre. J'avais le vertige rien qu'en pensant qu'il m'aimait, qu'il était en train de m'embrasser. Instinctivement, j'avais mis mes mains sur ses épaules, je voulais qu'il m'appartienne. Ces mains toutes chaudes m'avaient prises par la taille et m'avaient entraînée vers lui. Le frisson m'avait parcouru tout le dos, j'entendais sa respiration haletante, saccadée. Son parfum, ses mains, ses bras, son souffle...
Il embrasse le bas de mon ventre, sa langue froide, rigide, me caresse. C'est une étreinte glacée qui entoure mon ventre et qui remonte entre mes seins jusqu'à mon cou. Ses lèvres serrent de plus en plus ma fine chair parsemée de points de beauté. Sa main molle et chaude se frotte précipitamment sur mon entrejambes tellement que je ressens une vive douleur. Sa précipitation soudaine me perturbe, mon corps se fige instantanément. Je n'entends plus rien, même plus son souffle excité. Tout ce que j'entends c'est la voix dans ma tête qui me dit de l'arrêter. Je le repousse, le repousse encore et encore, mais il n'arrête pas. Il ne comprend pas, lui non plus n'entend plus rien, même plus ma voix, mais seulement son désir. Mon coeur bat comme il n'a jamais battu avant. Mon corps n'a qu'une envie de crier, de se débattre. Tous ces papillons dans l'estomac, les frissons qui m'ont parcouru tout le corps, ses tendres lèvres, son corps qui m'étreint délicatement, tout ça s'est envolé pour laisser que du désir incontrôlable. Je suis prise dans ce piège, je ne peux pas bouger. Le seul moyen que j'ai trouvé pour m'exprimer c'est mes yeux, qui versent des larmes sur mon visage signifiant ainsi ma souffrance. Mais pourtant, je la connais cette souffrance, je la vis à tous les jours maintenant depuis déjà 3 mois ou 4 mois. Je ne peux rien y faire, j'y suis obligé. J'en ai besoin, nous en avons besoin.
Quelques heures plus tard dans la journée, mon amoureux, Darren, arrive à la maison. L'air triste, il me demande:
- Salut chérie. Est-ce que tout c'est bien déroulé aujourd'hui? As-tu réussi à en dénicher un?
- Oui, comme d'habitude quoi!? La routine. Il m'a donné 5 dollars pour le service que je lui ai rendu. C'est pas beaucoup mais ça va nous aider pour 2-3 jours pas plus.
- C'est bien. Bon bien, c'est l'heure que je parte. Avec mes amis, on va rendre visite au monsieur du dépanneur. J'vais peut-être être capable de nous ramener quelques dollars aussi.
Il part en prenant avec lui son fusil et sa cagoule pendant qu'il me donne doucement un bec sur le front. C'est alors qu'une de mes larmes coulent doucement sur mon visage. J'entends un doux murmure à mon oreille :'Je t'aime', et ensuite, j'entends la porte qui se referme délicatement derrière moi.

